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Vendredi saint

Vendredi saint

     Vendredi saint

   

     Vendredi saint. Si certains vivent sans difficulté la compassion aux souffrances du Christ en ce jour, d’autres se tiennent plus en retrait, pas toujours très à l’aise. Rachetés à si grand prix… Faut-il se sentir coupable ? Comment être à l’unisson d’une si grande gravité ? Que faire devant un amour qui va jusqu’à la mort pour nous, trop grand peut-être, trop pressant en tous cas ? 
      Vendredi saint 2020 : c’est toujours la croix qui nous est présentée. Mais peut-être, avant de regarder celle du Christ, avons-nous vu bien des souffrances. Celle des mourants laissés seuls, celle des soignants épuisés, celle des familles qui ne peuvent rendre un dernier adieu à leurs proches. La croix, ce n’est pas une invention de Dieu pour nous sauver d’un péché dont la réalité nous échappe. Elle est là, et nous sommes tous là devant elle : souffrance des uns, compassion des autres, lâcheté, parfois, ou égoïsme, car la mort rôde et nous avons peur. Générosité aussi. 
     Il suffit d’être là, comme nous sommes. Et nous sommes à la fois le « bon » et le « mauvais » larron, Marie et le disciple qui s’enfuit tout nu, ou encore Simon de Cyrène, réquisitionné par hasard, et qui a croisé le regard de cet inconnu qui allait à la mort.
      Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise place. Il suffit que la croix soit là, au milieu. Le triomphe de la croix, ce n’est pas que le Christ ait souffert, c’est qu’à travers sa souffrance il n’ait pas désespéré : ni de l’homme, pourtant si faible, ni de son Père. Pouvoir s’en remettre à l’amour d’un Autre, en ces jours, c’est une grande chose. Et quand le Christ se remet entre les mains du Père, la mort devient promesse de résurrection. 
Bonne semaine sainte ! 
    

De la lettre aux Hébreux
4, 14 … 5, 9

 

  « Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.
     Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. »

Déposition du Christ – Pietro Lorenzetti (détail)

Pour méditer l’Evangile :
Jésus se met à genoux

   

     Frères et sœurs, aujourd’hui, Jésus meurt cloué sur la Croix, et l’auteur de la lettre aux Hébreux nous dit qu’Il est pour nous le grand prêtre par excellence !
     Voyons comment. Jésus est grand prêtre car il est accrédité par Dieu, son Père comme médiateur entre Dieu et les hommes. Pour cela, il s’est incarné : « il est celui qui a traversé les cieux » (He 4, 14). Solidaire des hommes, il a connu par expérience la situation de faiblesse des hommes, à l’exception du péché. Il a partagé jusqu’au bout notre condition humaine avec ses souffrances, sa détresse. Dans l’angoisse d’une mort imminente, il a offert avec « un grand cri et dans les larmes, des prières à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect (comprenons : en raison de sa soumission filiale à la volonté de Dieu son Père) » (He 5, 7).
     Jésus, pendant son agonie a prié son Père dans un long dialogue (cf. Mt 26, 26-44 : selon ce passage il pria au moins trois fois une heure), qui a abouti à son choix volontaire d’accomplir la volonté de son Père. Et quelle est cette volonté ? C’est de délivrer les hommes de l’emprise du péché qui disperse et mène à la mort. La mort de Jésus, bien qu’étant une tragédie, est le moyen que Dieu a pris pour rétablir la vie aux hommes . S’il y avait eu un meilleur moyen, Dieu l’aurait utilisé, lui qui aime les hommes à la FOLIE ! En obéissant à la volonté de son Père, Jésus se montre le grand prêtre par excellence qui s’offre en sacrifice volontaire pour la vie des hommes. Il « devient pour tous ceux qui lui obéissent, la cause du salut éternel » (He 5, 9).
     Frères et sœurs, nous sommes donc conviés à emboîter le pas au Christ obéissant, afin de libérer sur nous-mêmes et sur le monde entier, les torrents de grâces de la vie divine. En ce temps d’épreuve planétaire, en ce temps de confinement non volontaire que nous vivons tous, saisissons l’occasion concrète d‘adhérer pour notre part à l’obéissance du Christ. En vérité, nous sommes faits pour la VIE en plénitude, et c’est pour la Vie qu’il faut passer par la mort avec le Christ, pour vivre éternellement avec Dieu, à la louange de sa gloire.
     Que le Seigneur répande sur chacun de vous sa bénédiction d’amour.

A cause du trop grand amour
dont Dieu nous a aimés

 

   
De saint Bernard au XIIe siècle
 
     Seigneur Jésus, admirable est votre Passion ! Elle a mis en fuite nos passions, expié nos iniquités, car elle n’est inefficace pour aucune de nos maladies. En est-il une, Seigneur, qui ne soit guérie par votre mort ? Dans la Passion se révèle en premier lieu la patience du Sauveur. Patience sans égale ! Lorsque les pécheurs frappaient sur son dos, lorsqu’il était étendu sur la Croix, qu’on pouvait compter tous ses os, lorsque furent percés ses mains et ses pieds, comme la brebis devant celui qui la tond, il n’a pas ouvert la bouche, il n’a murmuré ni contre son Père par qui il avait été envoyé, ni contre le genre humain, dont, innocent, il expiait les rapines, ni enfin contre ce peuple qui était le sien, qui répondait à de si grands bienfaits par de si grands supplices.
 
     D’autres ont souffert avec humilité et patience pour leurs propres fautes. Comment ne pas juger supérieure à toutes la patience du Christ, lui qui est frappé de la mort la plus cruelle, comme un voleur, par ceux-là même qu’il venait sauver, alors qu’il n’avait absolument aucun péché, mais qu’en lui c’était Dieu qui se réconciliait le monde, en lui qui est plein de grâce et de vérité… Et c’est à cause du trop grand amour dont Dieu nous a aimés que, pour racheter l’esclave, le Père n’a pas épargné son Fils, et le Fils ne s’est pas épargné Lui-même. « Personne n’a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis. » Le vôtre, Seigneur, a été plus grand encore ; vous avez donné votre vie pour ceux qui étaient vos ennemis. Nous étions vos ennemis lorsque votre mort nous a réconciliés avec vous, et avec votre Père.
 
     Frères, quel amour existe-t-il, ou a jamais existé ou existera, pareil à cet amour ? Si mourir est une grande faiblesse, mourir ainsi par amour est une force immense. Car ce qui est faible en Dieu est plus fort que les hommes.
 
Sermon 4 pour la Semaine Sainte
   

Croisade de la paix, 1946

   

   

    

 1146 : saint Bernard prêche à Vézelay la deuxième croisade et sa prédication enflamme les foules de croisés, prêts à partir délivrer le tombeau du Christ.
1946 : on s’apprête à commémorer cet événement qui a marqué l’histoire il y a 800 ans. Mais, au lendemain de la seconde guerre mondiale, il n’est pas si facile de fêter l’enthousiasme de ceux qui certes, partaient au nom du Christ, mais l’apportaient bien souvent dans la violence et le non respect de l’autre. 
     Que faire ? Le père Doncoeur propose une croisade de la paix : les pays qui ont connu la guerre viendront en pèlerinage de 14 lieux, avec 14 croix, et convergeront vers la basilique pour la fête de Marie-Madeleine, où l’on priera tous ensemble pour la paix.
     On attend plusieurs dizaines de milliers de personnes. Pour être aidés dans l’organisation d’un tel rassemblement, les moines de la Pierre-qui-Vire présents à Vézelay demandent de l’aide aux prisonniers allemands qui se trouvent en bas de la colline. 
     21 juillet au soir : toutes les croix sont arrivées, de tous les pays en guerre… sauf l’Allemagne. Il n’a pas semblé possible, en effet, de la faire participer, les blessures sont encore si vives… Mais les prisonniers qui sont là sont touchés par ce qui se prépare. Ils viennent voir le père Doncoeur : « nous voulons participer demain ». Que faire ? Trop inattendu, trop scandaleux ? Mais en même temps, on prie justement pour la paix… Le père Doncoeur dit oui.
     Le 22 juillet, après les 14 croix entrant solennellement en procession dans la basilique, une quinzième s’avance. Elle est porté par des prisonniers allemands, reconnaissables avec leurs vêtements rayés. Elle est plus lourde que les autres, plus brute : les prisonniers l’ont fabriquée avec deux poutres d’une maison de Vézelay calcinée pendant la guerre. 
      Une commémoration difficile devient l’occasion d’un pèlerinage pour la paix. Et à partir de cette initiative, l’Esprit souffle et crée ce qui était impossible aux hommes : le premier geste de réconciliation entre la France et l’Allemagne est posé. 
      En ces jours où le confinement apporte plus de solitude et de silence, il y a peut-être un événement qui ressurgit du fond de notre mémoire, et dont nous préférions ne plus nous souvenir. Ou bien encore, deux bouts de bois calcinés : un échec, une chute douloureuse, une brisure qui laissera des traces vives. Non, la croix du Seigneur ne nous accuse pas. Si nous venons vers elle avec tout cela, elle ne sera pas plus lourde pour lui : il a déjà tout porté, et tout emporté. Il attend seulement que nous lui permettions, même timidement, de le prendre avec lui. D’offrir ces pauvres choses qui nous font honte, et dont il peut faire le lieu où son amour passe. 
      La croix du Christ à Vézelay se révèle dans une croix humaine, celle de la guerre, de la haine et du malheur. Présentée au Christ, elle est devenue pour tant de chrétiens après la guerre et encore maintenant, signe d’espérance. 

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Jeudi saint

Jeudi saint

     Jeudi saint

     Une publicité pour une assurance vie promettait un jour à la radio qu’avec elle on ne risquerait jamais de dépendre. Quelle triste promesse… Et pourtant, bien sûr, la dépendance est rude. Combien de personnes âgées craignent de peser trop lourdement sur leurs enfants, combien savent qu’elles ne pourront compter sur personne ? 
      En ces jours, bien des gestes disent que l‘on peut compter sur d’autres : depuis la baguette de pain déposée devant la maison d’une personne plus vulnérable au dévouement des soignants, en passant par tous les services proposés, pour garder un enfant, pour offrir un espace d’écoute… Même ceux qui sont en première ligne et donnent tant d’eux-mêmes savent pouvoir compter sur des solidarités discrètes pour les soutenir. 
     Ce jeudi saint, la plupart d’entre nous ne pourront pas célébrer la Cène. Mais nous redécouvrons que dans le geste par lequel Jésus lave les pieds de ses disciples, le mystère de l’Eucharistie resplendit : Jésus se donne dans un geste d’ordinaire réservé aux esclaves. Mais ce geste est encore tout enveloppé de l’amour qu’il a lui aussi accueilli quelques jours auparavant, ce parfum précieux gaspillé follement par Marie, la sœur de Lazare. Jésus donne parce qu’il reçoit : d’une femme compatissante dont l’amour le touche, et plus encore à la racine de tout amour, de son Père qui le comble de tendresse. 
     Ce geste si beau n’a pourtant rien d’irréel : il parle de l’embarras de Pierre qui a du mal à se laisser aimer, il accueille la trahison entrevue chez Judas, il connaît déjà la déception des disciples, tout ce qui fait si mal quand il s’agit de risquer vraiment la confiance en l’amour des autres. Tout cela, il le traverse, le remplit d’une lumière secrète, et l’emporte dans la confiance vers son Père. 
      En ce jour, Jésus qui se donne devient le fondement sûr de tout ce que nous cherchons à vivre du don de nous-mêmes, de l’abandon à d’autres. Il ne nous épargne pas la traversée de la souffrance. Mais il nous assure qu’en lui l’amour est vainqueur. Dès aujourd’hui et dans l’attente de l’aube de Pâques. 
Bonne semaine sainte ! 
    

De l’évangile selon saint Jean
au chapitre 13 versets 1-20

 

      Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.

     Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : «Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : «Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »
     
     Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : «Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous.
     Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n’est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l’envoie. Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. Ce n’est pas de vous tous que je parle. Moi, je sais quels sont ceux que j’ai choisis, mais il faut que s’accomplisse l’Écriture : Celui qui mange le pain avec moi m’a frappé du talon. Je vous dis ces choses dès maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez que moi, JE SUIS.  Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un reçoit celui que j’envoie, il me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. »

Pour méditer l’Evangile :
Jésus se met à genoux

   

 Il y a dans l’attitude de Jésus quelque chose de très solennel. Jésus pose chaque geste. Il faut cinq versets pour comprendre ce qu’il va faire : laver les pieds de ses disciples. Quel paradoxe ! A l’heure où Jésus passe de ce monde à son Père, à l’heure où Il livre sa dernière parole, Jésus prend tout son temps pour un geste, le geste du serviteur. Il veut ainsi en montrer toute la profondeur : par là, il nous laisse l’ultime commandement, il nous appelle à aimer. Il nous appelle, « non pas à aimer Dieu dans l’abstrait (…) Il s’agit d’aimer l’homme, tout l’homme », dit Maurice Zundel.

     Comment Jésus nous apprend-il cela ? En nous donnant l’exemple (Jn 13, 15), et c’est une béatitude : « heureux êtes-vous si vous le faites » (Jn 13, 17).
     Jésus se met à genoux. Il renverse toutes nos représentations pyramidales, toutes nos grandeurs, toutes nos illusions, et il nous conduit, doucement, à l’apprentissage de la vraie grandeur. Si lui, le Seigneur et le Maître, se fait serviteur et nous appelle à faire comme lui, c’est pour que nos relations ne se mesurent plus en termes de supériorité ou d’infériorité.
     Jésus se met à genoux. Il s’abaisse, comme devant la femme adultère. Il regarde autrement, d’un autre point de vue, à un autre niveau. « Pour admettre ce geste, il faut renoncer à voir Dieu comme une grandeur extérieure ; il faut comprendre que la suprême grandeur de Dieu, c’est son humilité, c’est sa charité, c’est son dépouillement, c’est son amour illimité » Maurice Zundel.
      Jésus se met à genoux. Par ce geste, il nous convoque à une nouvelle dimension dans la relation : celle de la profondeur, de l’intériorité. Il n’est plus question de rapports de force ou de domination, mais de se savoir habités par la même Présence. La plus belle et la plus grande dignité de l’homme, c’est d’être image de Dieu, enfant du Père.
     En ce jour, nous contemplons Jésus qui a pour chacun un amour immense. Il nous révèle que nous sommes tabernacles et missionnaires de cet amour. Puisse l’Esprit nous le rappeler sans cesse, pour que nous ayons pour nos frères, pour nos sœurs, une vraie charité, la charité même du Christ qui donne sa vie pour nous.
   « C’est moi qui te servirai » 

      « Ayez en vous les sentiments du Christ Jésus » : « lui qui est de condition divine », égal à Dieu par nature, puisqu’il partage sa puissance, son éternité et son être même, il a rempli l’office de serviteur « en s’humiliant lui-même et en se faisant obéissant à son Père jusqu’à la mort, et la mort de la croix ». On pourrait considérer comme négligeable qu’étant son Fils et son égal, il ait servi son Père comme un serviteur ; mieux que cela, il a servi son propre serviteur plus qu’aucun autre serviteur. Car l’homme avait été créé pour servir son Créateur; quoi de plus juste pour toi que de servir celui qui t’a fait, sans qui tu ne serais pas? Et quoi de plus heureux que de le servir, puisque le servir, c’est régner ? Mais l’homme a dit à son Créateur : « Je ne servirai pas. »

     « Eh bien, c’est moi qui te servirai ! dit le Créateur à l’homme. Mets-toi à table ; je ferai le service ; je te laverai les pieds. Repose-toi ; je prendrai sur moi tes maux ; je porterai toutes tes faiblesses. Si tu es fatigué ou chargé, je te porterai, toi et ta charge, afin d’être le premier à accomplir ma loi : « Portez les fardeaux les uns des autres ». Si tu as faim ou soif, me voici prêt à être immolé pour que tu puisses manger ma chair et boire mon sang. Si on t’emmène en captivité ou si on te vend, me voici ; rachète-toi en donnant le prix que tu tireras de moi ; je me donne moi-même comme prix. Si tu es malade, si tu crains la mort, je mourrai à ta place, pour que de mon sang tu te fasses un remède de vie. »

     Ô mon Seigneur, à quel prix tu as racheté mon service inutile ! Avec quel art plein d’amour, de douceur et de bienveillance tu as récupéré et soumis ce serviteur rebelle, en triomphant du mal par le bien, en confondant mon orgueil par ton humilité, en comblant l’ingrat de tes bienfaits ! Voilà, voilà comment ta sagesse a triomphé.

      Du bienheureux Guerric d’Igny au XIIe siècle – 1er Sermon pour les Rameaux (trad. SC 202, p. 165s rev.)
    
   

Quand les pèlerins se laissaient
laver les pieds

   

   

     Vous ne l’avez probablement jamais remarqué. D’abord, il a longtemps été caché sous les fameux portiques qui protégeaient le grand tympan avant sa restauration, et qui faisaient un bruit … remarqué … à chaque fois que quelqu’un passait par cette porte. Puis il a été un temps à découvert : une sorte de dénivelé juste après la porte à gauche du grand tympan. Il y avait d’ailleurs un écriteau invitant à la prudence pour ne pas se laisser surprendre par ce dénivelé qui provoquerait la chute… 
     Il est probable qu’il ait été bien plus profond avant l’intervention de Viollet-le-Duc qui restaura la basilique. C’était en réalité un bassin. Evocation symbolique du baptême, disent certains. D’ailleurs, le narthex est le lieu où se tenaient ceux qui demandaient le baptême. Ou peut-être, un  bassin où les pèlerins se laissaient laver les pieds avant d’entrer dans la nef. On sait que ce geste se faisait dans d’autres abbayes. A Cluny, six moines, et ce pouvaient aussi être des prêtres parmi eux, étaient désignés chaque jour pour laver les pieds des pèlerins. 
    Vous n’aviez probablement jamais remarqué ce bassin. Mais personne ne quitte Vézelay sans avoir au moins regardé, juste au-dessus de cette même porte, le tympan nord. Il représente les disciples d’Emmaüs : le Christ ressuscité se laisse accueillir comme un pèlerin par des pèlerins désemparés. Puis il rompt le pain et disparaît à leurs regards. 
     Un bassin presque invisible pour laver les pieds meurtris des pèlerins. Et au-dessus, la représentation du Christ qui se laisse reconnaître en acceptant de recevoir l’hospitalité de deux amis perdus. Le lavement des pieds, concret, et très humble et l’Eucharistie par laquelle le Ressucité se manifeste.
     Aujourd’hui, le pèlerin que nous sommes peut lui aussi passer cette porte, en se laissant laver et servir par le Christ qui se manifeste discrètement. En recevant de tout nous-mêmes l’amour qu’il nous donne, par nos frères, pour pouvoir un jour le répandre à notre tour, dans l’action de grâces.

Office de nuit

     Le jeudi saint ne s’achève pas avec la célébration de la Cène, mais par l’office de nuit. Jésus va être livré. Comme les disciples, nous restons à distance, dépassés par ce combat que Jésus livre en se remettant à son Père. Mais pourtant, en lui, nous puisons la force nécessaire pour nos propres combats.
     Nous entendons d’abord des extraits du discours des adieux, dans l’Evangile selon Saint Jean, où Jésus, à l’heure de souffrir, offre à ses disciples toute la tendresse et toute la paix qu’il puise déjà en son Père.

De l’évangile selon saint Jean
au chapitre 14 versets 27-31

 

     

 Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne.
      Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez.
      Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car il vient, le prince du monde. Certes, sur moi il n’a aucune prise, mais il faut que le monde sache que j’aime le Père, et que je fais comme le Père me l’a commandé. Levez-vous, partons d’ici.

  L’office de nuit se poursuit avec le chant de la grande prière de Jésus à son Père, au chapitre 17 de l’Evangile selon saint Jean, et par une longue prière d’intercession pour le monde entier.

 

     Pour prolonger avec nous votre prière, vous trouverez ici le chant de l’Evangile et le texte de la prière d’intercession, pour rejoindre tous ceux qui souffrent en cette nuit.

 

Les grandes litanies de la nuit

Pour ton Église qui t’attend dans la nuit de ce monde comme son Époux,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour elle, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ton peuple Israël selon la chair,
qui écoute ta Parole dans la nuit, en espérant l’aurore de ton Royaume,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour lui, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour tous ceux qui te cherchent dans la nuit comme à tâtons,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ceux qui luttent contre la pandémie dans la nuit de la fatigue et de la peine
pour ceux qui meurent dans les ténèbres de l’angoisse et de la solitude
et pour leurs proches qui ne peuvent les entourer à l’heure de leur passage vers le Père
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour lui, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ceux qui fuient leur pays dans l’incertitude de la nuit,
pour les exilés, les immigrés qui vivent loin de chez eux,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les terroristes, pris dans les ténèbres de l’idéologie et du fanatisme,
pour les hommes qui veillent dans la nuit au service de la protection des populations,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour nos frères que l’on persécute en ton nom et qui se cachent la nuit pour te prier,
pour leurs persécuteurs aveuglés par la haine et qui ne savent pas ce qu’ils font,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour tous ceux qui ne nous aiment pas et que nous ne savons pas aimer,
pour nos ennemis et pour tous ceux qui nous veulent du mal,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les malades, pour ceux qui sont dans les hôpitaux et qui passent la nuit dans la souffrance,
pour ceux qui agonisent et meurent en cette nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les angoissés qui ne trouvent pas le sommeil et dont la nuit est interminable,
pour ceux qui sont tentés de se suicider et qui luttent dans la nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les prostituées que l’on humilie dans l’obscurité de la nuit,
pour ceux qui sont pris au piège du vice ou de la drogue dans les ténèbres,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ceux qui sont en prison, pour ceux que l’on torture et que l’on dégrade dans le secret de la nuit,
pour les condamnés à mort qui attendent la nuit de leur exécution,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les pauvres sans abri,
pour ceux qui errent dans la nuit et qui n’ont plus d’espérance,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ceux qui connaissent les ténèbres de la solitude,
pour les personnes âgées qui souffrent et s’éteignent dans la nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les hommes et les femmes dans la nuit de la dépression,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les petits enfants dans le sein de leur mère, pour ceux qui ne verront jamais le jour,
pour les couples qui hésitent à garder un enfant,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les femmes qui mettent au monde leur enfant en cette nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les habitants de notre village, de notre diocèse, de notre pays,
pour nos frères, nos parents et nos amis que tu protèges en cette nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour le Pape François, pour notre évêque Hervé et tous les évêques,
pour les prêtres, les diacres, et tout le peuple chrétien,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour nos frères défunts qui ne sont pas encore entrés dans la lumière de ta gloire,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Et pour nous pécheurs, qui, dans la nuit, avançons vers la lumière de ton jour sans déclin,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour nous, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Liturgie chorale du peuple de Dieu avec des adaptations

   
 Nous espérons que ce lien de prière vous aidera à vous laisser conduire jusqu’à la joie de la résurrection !
Nous vous donnons rendez-vous vendredi. 
     Bien fraternellement, 

 

   les frères et soeurs de Vézelay

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Jeudi saint nuit

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Les grandes litanies de la nuit

Pour ton Église qui t’attend dans la nuit de ce monde comme son Époux,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour elle, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ton peuple Israël selon la chair,
qui écoute ta Parole dans la nuit, en espérant l’aurore de ton Royaume,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour lui, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour tous ceux qui te cherchent dans la nuit comme à tâtons,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ceux qui luttent contre la pandémie dans la nuit de la fatigue et de la peine
pour ceux qui meurent dans les ténèbres de l’angoisse et de la solitude
et pour leurs proches qui ne peuvent les entourer à l’heure de leur passage vers le Père
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour lui, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ceux qui fuient leur pays dans l’incertitude de la nuit,
pour les exilés, les immigrés qui vivent loin de chez eux,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les terroristes, pris dans les ténèbres de l’idéologie et du fanatisme,
pour les hommes qui veillent dans la nuit au service de la protection des populations,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour nos frères que l’on persécute en ton nom et qui se cachent la nuit pour te prier,
pour leurs persécuteurs aveuglés par la haine et qui ne savent pas ce qu’ils font,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour tous ceux qui ne nous aiment pas et que nous ne savons pas aimer,
pour nos ennemis et pour tous ceux qui nous veulent du mal,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les malades, pour ceux qui sont dans les hôpitaux et qui passent la nuit dans la souffrance,
pour ceux qui agonisent et meurent en cette nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les angoissés qui ne trouvent pas le sommeil et dont la nuit est interminable,
pour ceux qui sont tentés de se suicider et qui luttent dans la nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les prostituées que l’on humilie dans l’obscurité de la nuit,
pour ceux qui sont pris au piège du vice ou de la drogue dans les ténèbres,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ceux qui sont en prison, pour ceux que l’on torture et que l’on dégrade dans le secret de la nuit,
pour les condamnés à mort qui attendent la nuit de leur exécution,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les pauvres sans abri,
pour ceux qui errent dans la nuit et qui n’ont plus d’espérance,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour ceux qui connaissent les ténèbres de la solitude,
pour les personnes âgées qui souffrent et s’éteignent dans la nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les hommes et les femmes dans la nuit de la dépression,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les petits enfants dans le sein de leur mère, pour ceux qui ne verront jamais le jour,
pour les couples qui hésitent à garder un enfant,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les femmes qui mettent au monde leur enfant en cette nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour les habitants de notre village, de notre diocèse, de notre pays,
pour nos frères, nos parents et nos amis que tu protèges en cette nuit,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour le Pape François, pour notre évêque Hervé et tous les évêques,
pour les prêtres, les diacres, et tout le peuple chrétien,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Pour nos frères défunts qui ne sont pas encore entrés dans la lumière de ta gloire,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour eux, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Et pour nous pécheurs, qui, dans la nuit, avançons vers la lumière de ton jour sans déclin,
Seigneur Jésus, par la nuit de ta Passion où tu as souffert pour nous, nous te prions.

Kyrie eleison, kyrie eleison, kyrie eleison

Liturgie chorale du peuple de Dieu avec des adaptations